Publié le 6 décembre 2022

De vieilles poutres nantaises vont équiper l’usine neuve de Briand en Vendée

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L’ossature d’acier des ex-Halles Alstom de Nantes va servir à bâtir une nouvelle usine du groupe Briand, aux Herbiers. Un geste pionnier, difficile, mais prometteur pour le climat.

Article OUEST-FRANCE 25/11/22 François Chrétien

La démolition des Halles Alstom n° 7 et n° 8 de l’île de Nantes s’est achevée au début de l’automne. Mais ces vestiges de la grandeur des constructions navales nantaises vont renaître sous une autre forme, en Vendée, par la grâce de la lutte contre le réchauffement climatique.

Durant le chantier, le Groupe Briand a extrait délicatement soixante-dix poteaux et poutres de l’armature des deux hangars géants. Ces 100 tonnes de barres d’acier serviront à bâtir une nouvelle usine, au printemps 2023, aux Herbiers, près du siège du groupe de construction vendéen (1 200 salariés). Le bâtiment de 120 m, tout en longueur, comme les anciennes Halles industrielles, sera dédié à la peinture de charpentes.

« Zéro émission carbone »

Une bonne affaire ? Pour le bilan carbone, c’est sûr ! « Fabriquer 1 kg d’acier génère 2 kg de CO2. Si on le recycle en le refondant dans des fours électriques, c’est 0,5 kg d’émission. Si on le réemploie, c’est zéro émission carbone », rappelle Emmanuel Morisot, directeur Innovations de Briand.

Financièrement ? Les poutres ont coûté « un peu moins de 100 000 € » au groupe vendéen, en comptant notamment leur rachat, « au prix de la ferraille » au promoteur du chantier nantais et, surtout, la main-d’œuvre : « Démonter une charpente sous charge, c’est compliqué. » Les poutres, datant d’un siècle, vont être réusinées. Au final, ça coûtera un peu plus cher que d’en commander des neuves chez Arcelor ! « Mais, dans le futur, le point d’équilibre sera atteint assez facilement. » Si le prix de l’acier regrimpe, par exemple, ou si les matériaux réutilisés sont moins anciens…

Quartus, le promoteur, fait le même constat. Cette opération, qu’il a lancée, « nous a coûté un peu d’argent », admet Benoît Guillet, directeur des programmes. Elle a rallongé les études et les temps de démolition. Mais il conclut : « On a montré que c’était possible de faire du réemploi. On avait besoin de ce retour d’expérience. Nous, les promoteurs, on démolit, on reconstruit. Mais réfléchir au cycle de vie des bâtiments, c’est devenu un enjeu d’aujourd’hui. »

« Les assureurs refusent »

Sur l’ex-site Alstom, Quartus va construire un immeuble de logements et des bureaux qui accueilleront la plateforme Doctolib. Pourquoi ne pas avoir réutilisé sur place les poteaux d’acier, et alléger ainsi, votre bilan carbone ? « C’est un projet plus axé sur le béton, répond Benoît Guillet. Et le bâtiment, sur plusieurs étages, sera bien plus haut que les Halles. »

Pas de risque ! Le réemploi reste une terre d’aventure dans un secteur de plus en plus sécurisé et normé. Le Groupe Briand peut en témoigner. « Le principal verrou du réemploi, c’est l’assurabilité. Les assureurs refusent ou imposent des batteries de test colossales », raconte Emmanuel Morisot. Ça l’a poussé à monter, avec Axa et le bureau d’études Socotec, un protocole assurant les parties « les plus saines et stables des charpentes. Une exclusivité Briand. »

Des ouvriers à convaincre

L’autre obstacle à franchir est culturel : « C’est compliqué de demander à un collègue de lâcher un chantier de construction pour aller travailler sur du démontage, au résultat moins concret et moins prestigieux. Au départ, ça les a emmerdés, mais à la fin, ils étaient contents. C’est un métier d’avenir ! »

 Emmanuel Morisot, très engagé dans la Convention des entreprises pour le climat, n’a pas de doute sur le sens de l’histoire : « Le réemploi se pratiquait déjà de façon très artisanale dans les bâtiments agricoles. Dans le milieu industriel français, c’est une première, à cette échelle. Mais ça va s’amplifier. Les deux tiers des bâtiments métalliques français peuvent être réemployés. »
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